Le captage

Le choix de la prise d'eau

    Pour quels motifs la prise d'eau fut-elle établie sur le ruisseau du Vers ? Il était nécessaire de trouver une eau d'un débit et d'une pureté suffisant et à une altitude assez élevée pour parvenir, par gravité, au point le plus élevé de la cité. En examinant la carte de la région, on remarque que la seule source de la rive gauche (fontaine Divona) ne pouvait pas être utilisée : la traversée de la rivière présentait des difficultés insurmontables et l’élévation de l’eau était impossible. Nous sommes amenés à nous reporter sur la rive droite où nous trouvons :

  •  Le ruisseau de Laroque, de débit insuffisant et irrégulier. Il en est de même pour le ruisseau de Nouailhac.
  •  Le ruisseau de Vers, le Célé et le Lot.

Il était encore nécessaire de considérer la distance et les travaux d’art. Notons que l’altitude à l’arrivée est à 145 mètres. Si nous admettons que le canal n’ait aucune pente, pour rencontrer une prise d’eau au même niveau, nous devons:

  • pour le Vers aller à environ 2 kilomètres au Nord de la commune de Vers, soit environ 17 kilomètres et traverser deux vallées.
  • pour le Célé, dépasser Sauliac environ 43 kilomètres et construire cinq ponts
  • pour le Lot, aller au-delà de Montbrun, soit 65 kilomètres.

La prise d’eau, dans la vallée du Vers, était donc tout indiquée. Pratiquement, en introduisant la prolongation demandée par la pente et les détours obligatoires, sa longueur est de 31,5 kilomètres, pour une dénivellation de 38 mètres environ (cote 183 mètres à la prise d’eau et 145 mètres à la Barbacane), soit une pente moyenne de 1 millimètre 21. Celle-ci, qui varie dans les premiers kilomètres de 1 à 4 millimètres, reste ensuite dans les limites de 0 à 2 millimètres 5 par mètres.

La section du canal est assez régulière tout au long du parcours : largeur au plafond 0,20 0,30 mètres, largeur à la ligne d’eau 0,70 et la hauteur libre totale jusqu’à la voûte 1,30, dont 0,50 mouillée.

La longueur du canal, et la pente relativement régulière donnent à supposer que le niveau a été utilisé. Nous pouvons penser que la construction a été faite sur toute la longueur en même temps. En effet, il semble improbable de faire travailler un petit nombre d'ouvriers (vu l'exigüité des lieux) en un seul endroit. Le tracé ayant été établi, je pense qu'un maximum de personnes étaient affectées au chantier pour que celui ci soit fini dans des délais les plus brefs. On peut même imaginer que les ouvrages d'art, surtout les ponts qui demandaient beaucoup de temps et de main d'œuvre, étés édifiés en premier. Notons que ce procédé est encore en vigueur lors de la construction d'une route par exemple .

Le lieu de captage

     Une première théorie a été envisagé jusqu'à la fin du XVIIème. En effet, les vestiges de la conduite clairement visibles, tout au moins par endroits, taillés dans le rocher jusqu'en face de la Fontaine Polémie, ont favorisé (jusqu'au XVIIème siècle) cette théorie selon laquelle l'aqueduc puisait ses eaux dans la source, et traversait perpendiculairement la vallée du Vers. Cette solution reste envisageable malgré le fait que la source présente actuellement un niveau moyen inférieur de 3,70m par rapport au vestiges de l'aqueduc de l'autre côté de la vallée. D'une part, les Romains possédaient la technique (le puits artésien) pour permettre le captage, et d'autre part, il est fort probable que l'étiage moyen de cette source était plus haut à cette époque là. En effet le captage contemporain, qui alimente plusieurs communes voisines, a dû contribué à une baisse de niveau. Toutefois, malgré des sondages effectués dans la zone, aucun vestige accréditant cette thèse n'a été retrouvé.

    Une seconde théorie, avancée par G.Lacoste à la fin du XVIIIème siècle envisage le captage directement au ruisseau de Vers. Cette thèse d'abord confortée par des vestiges localisés par R. Houlès à un kilomètre en amont de Font Polémie a été en partie confirmée par de récentes recherches (2004) qui ont été entreprises et qui ont permis de mettre à jour de nombreux vestiges. Ces recherches ont fait l'objet d'une publication dans le bilan scientifique de la DRAC Midi-Pyrénées dont voici une copie des passages concernant le captage:

La priorité a été donnée au secteur des captages qui constitue un point crucial de la connaissance du monument. Depuis deux ans, les nombreux sondages réalisés dans la vallée du Vers, au pied de Oppidum de Murcens (Cras), ont permis de déceler plusieurs aménagements associés à la prise d'eau de l'aqueduc.

À la suite d'un dédoublement de la canalisation, les recherches ont permis de révéler un captage primaire qui se développe au contact du fond de vallée et du pied de talus sur une distance de 169 m. Un captage secondaire, long de 70 m, vient se greffer sur l'aqueduc d'origine afin de collecter les eaux du ruisseau du Vers. Ce dernier est associé à un barrage conservant des restes de culées sur les berges.

L'objectif de cette campagne consistait donc à identifier l'extrémité de l'aqueduc primaire, la nature de l'eau captée, ainsi que l'aménagement mis en place dans cet objectif.

Nous connaissons dorénavant l'extrémité de cet aqueduc mais, très partiellement encore, sa connexion avec les aménagements et le fonctionnement du dispositif qui permet d'y acheminer l'eau prélevée.

Une contre-pente qui se développe durant les vingt premiers mètres va à l'encontre des préconisations transmises par les auteurs de l'Antiquité, qui tous, recommandaient de favoriser une importante vitesse d'écoulement au départ des aqueducs et de la réduire l'approche des ouvrages aériens.

Dans la mesure où l'on assiste au même phénomène avec l'aqueduc secondaire du ruisseau, il est manifeste que ce dispositif a été voulu, ceci d'autant plus que la situation de ces deux captages, dans un fond de vallée dépourvu de tout accident topographique, exclue à priori une erreur de nivellement de la part des constructeurs.

Peut-être devons nous chercher une justification dans la volonté de favoriser la collecte d'une eau dépourvue de sédiments. Dans cette hypothèse, le fait de ne prélever que le fil de l'eau en raison de la contre-pente du départ, permet effectivement de piéger le sable et les argiles qui vont naturellement se déposer fond du canal sur une courte distance, et qu'il sera aisé d'évacuer périodiquement.

Le bassin n'a pas été complètement fouillé, ce qui interdit encore d'en déterminer les dimensions exactes. Nous pouvons toutefois proposer la restitution de la face interne située à l'est sur une longueur de 3,8 m, sachant que la face nord se développe sur une longueur supérieure à 3,1 m.

En supposant un plan carré muni de quatre côtés de 3,8 m, on obtient un volume interne de 14,44m, ce qui est à rapprocher des 17,8 m du bassin de |'aqueduc de Cologne en Allemagne.

Le puits étant entièrement revêtu d'enduit, ce qui ne serait pas le cas d'un puits artésien, il ne semble remplir aucune fonction spécifique quant à la collecte de l'eau. Il peut, certes, augmenter la capacité de stockage mais se poserait alors un problème pour réinjecter l'eau dans le "specus" en raison des différences d'altimétrie. À cette hypothèse, nous privilégions un rôle de réceptacle destiné à la collecte des sédiments avant que l'eau ne s'engage dans l'aqueduc.

Jusqu'à 50 m au-delà du captage, les sondages démontrent une stratification inhabituelle, qui correspond en rien aux séquences géologiques observées dans l'environnement, ce qui nous paraît lié à la collecte des eaux souterraines. À 1,1 m de profondeur, on observe des séquences de concrétions se développant sur une puissance de 0,7 m. Elles reposent sur une couche de blocs calcaires bruts mais de section homogène agencés en hérisson, puis d'une nappe de charbons de bois disposés au contact de la nappe phréatique.

Nous sommes donc en présence d'un vaste dispositif lié à la collecte des eaux souterraines (blocs calcaires), peut-être à leur purification (charbons de bois) et à leur décantation (dépôts concrétionnés).

 

Pour l'équipe de recherche, Didier RIGAL (DRAC Midi-Pyrénées 2004)

Captage256 3Il semble donc,    au vu de ces lignes que l'aqueduc récupérait de l'eau au pied de la falaise de Murcens par l'intermédiaire d'un réseau de bassin (A) et captait une partie des eaux du Vers grâce à une digue (B). Un canal emmenait l'eau à l'aqueduc principal qu'il rejoignait grâce à un embranchement (C).  Y Tout le secteur des bassins mériterait des fouilles plus importantes qui permettraient de comprendre vraiment comment s'effectuait le captage. La présence d'une source aujourd'hui disparue n'est pas a exclure non plus.

      La troisième théorie, avancée par M. Obereiner (Revue Quercy-Recherche N°102 et 125), voudrait accréditer la thèse d'un captage initial sur le ruisseau par l'intermédiaire d'un barrage situé au point (D) à l'endroit où la vallée se resserre nettement, l'eau ainsi récupérée étant acheminée vers la zone (A) par un canal à ciel ouvert. Un deuxième captage situé au point (B), en ce point il rejoint la théorie des archéologues. Ensuite, il y aurait eu, toujours d'après ses constatations, un autre captage sur le Vers aux environs du point (E) qui aurait permis de récupérer les eaux de Font Polémie alors mélangées aux eaux du Vers. Cette théorie, aussi sympathique soit elle, n'a pu être vérifiée car aucune trace de vestiges romains n'a été retrouvée aux endroits cités (hormis aux points A, B et C) malgré les nombreuses fouilles effectuées. 

 

fg Le contexte           Les passages en galerie fd

 

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